Photos d'épiciers : Joel et Nathalie

Interview de Joël, Kuntzmann, paroles d’un épicier passionné

« Les épiciers sont des dénicheurs de produits de qualité, cela demande beaucoup de travail mais on a le devoir d’être à la hauteur. »

Heureux patron avec son épouse d’une épicerie à Strasbourg et Président de l’UCP Alsace, Joël KUNTZMANN nous raconte son parcours, son amour du métier et sa vision du commerce indépendant de proximité.

Pourquoi êtes-vous devenu épicier ?

Joël Kuntzmann : « Je suis devenu épicier pour rejoindre mon épouse. Nous ne concevions pas être d’être séparés 5 jours sur 7 car moi j’étais sur la route et elle travaillait dans une épicerie à Strasbourg. En effet, après mon DUT, j’ai décroché un poste en audit et contrôle pour un laboratoire privé. Les clients visités étaient principalement issus de la grande distribution.

Ainsi au-delà de mes compétences réglementaires, cette expérience m’a construit dans le contact avec ce milieu. Mais j’en ai eu assez de circuler dans le Grand Est toute la semaine et c’est alors que le commerce dans lequel travaillait mon épouse depuis 10 ans a été mis en vente. Elle y a fait son apprentissage puis a été embauchée en tant que salariée et elle a senti le potentiel.

Ainsi, nous nous sommes lancés dans l’aventure et avons décidé de faire évoluer ce commerce traditionnel de quartier. Et c’est mon épouse qui m’a formé au métier d’épicier ! Elle avait toute la connaissance du commerce : le contact client, le conseil, la vente. Et moi j’ai apporté mes connaissances réglementaires.

Nous sommes très complémentaires. Nous avons aussi été accompagnés par les anciens propriétaires qui ont pu nous renseigner dès que nous avions un doute ou une question.

Lorsqu’on reprend un commerce, c’est important de garder de bonnes relations avec ses prédécesseurs. C’est un gain de temps inestimable.»

Parlez-nous de votre épicerie

JK : « Nous avons repris le commerce en 1999. On a voulu donner une nouvelle âme aux lieux et des travaux ont donc été engagés avec l’installation de frigos supplémentaires pour augmenter la part de produits frais, avec l’ajout de nouveaux rayonnages fruits/légumes, ainsi qu’une nouvelle devanture.

Nous avons aussi participé au lancement de l’enseigne Epicerie Service lancée par un collectif de commerçants et soutenue par le FNDE. 

Un bon point de départ pour notre commerce avec une image forte avec un vrai concept marketing, en faveur du commerce indépendant. L’Epicerie Service apportait des solutions comme la mise en avant des produits avec les promos ou un espace spécifique aux 50 produits de base sur lesquels il fallait être compétitif. Et c’était surtout un gain de temps dans le choix du concept et des outils.

Notre boutique a connu de très bonnes années puisque le CA a été multiplié par deux en 5 ans. En 2012, nous avons engagé de nouveaux travaux pour encore augmenter la part de frais car il faut se démarquer, être spécialiste pour exister au niveau du commerce de proximité. On ne peut plus fonctionner uniquement en dépannage ou en copiant la grande distribution.

Il faut devenir spécialiste, professionnaliser son offre en choisissant les bons produits aux bons prix. Et surfer sur les tendances comme le bio, le frais, les produits à la coupe, la cave à vins, le rayon traiteur. Chez mes concurrents, tout est standardisé avec des produits préemballé en LS, alors on s’est démarqué en travaillant sur le traditionnel : charcuterie à la coupe, volailles fermières, plat traiteur de qualité. »

D’après vous, comment perdurer et vivre de son activité en tant qu’indépendant ?

JK : « On a essayé d’évoluer et de s’adapter à la clientèle. Cette dernière change, elle rajeunit. On a vu disparaitre la clientèle de personnes âgées qui achetait tout au même endroit. Pour perdurer et maintenir le CA, il faut faire plus de clients avec un panier moyen plus faible et proposer des produits de qualité.

Ce qui se développe ?

  • Les plats préparés et sains : plateaux de fruits frais, potages maison, compotes maison.
  • Le traiteur pour le midi. On se démarque de ce qui se fait ailleurs et on retrouve le créneau du boulanger pâtissier ou du traiteur traditionnel avec les notions de plaisir et de qualité.

Avec l’expérience, je suis convaincu que le commerce indépendant de proximité doit jouer un rôle complémentaire au commerce intégré. On doit apporter de la plus-value à travers le conseil et le choix.

Et puis on a la chance d’avoir le contact et le retour des clients. Ainsi on sélectionne selon leurs avis et observations. On fait partager notre amour du bon produit, de la qualité. Et lorsqu’il y a du partage il y a une vraie relation qui s’installe. On est des dénicheurs de produits de qualité, cela demande beaucoup de travail mais on a le devoir d’être à la hauteur. »

Est-ce la fin des commerces indépendants ?

JK : « Le magasin indépendant de proximité n’est pas mort ! La présence d’un commerce dans le quartier c’est un gage de dynamisme, de lien social entre les clients eux-mêmes, entre les clients et le professionnel. Il anime le quartier, il faut réussir à partager sa passion des bons produits.

A Strasbourg on a subi le retour des grands distributeurs sur la proximité. Ils ont compris que l’avenir passait par la proximité. Les gens n’ont plus de voiture, font leurs courses plus souvent mais en moindre quantité.

Les très grands réinvestissent la proximité. A nous d’être fort et de trouver des points de différenciation pour continuer à occuper le terrain. Car la proximité c’est nous !

Il faut bien garder à l’esprit qu’il y a plein de tendances qui permettent de se différencier de la concurrence : le vrac, le bio, les rayons fromage et charcuterie, … Cela demande une bonne connaissance des produits et donc de la formation.

Le commerce de proximité a un avenir mais il doit évoluer et ça passe par 2 choses :

Savoir se différencier des concurrent en proposant une offre innovante (le vrac, le bio, l’ultra-frais, le terroir, le local, …)

Etre présent sur les nouveaux canaux de communication (site web, page Facebook, commande…).

Au-delà de la différenciation, il faut se dire qu’il existe une complémentarité entre nous et la grande distribution : nous apportons les produits du plaisir alors qu’elle représente les produits de nécessité.

Pour que le commerce indépendant de proximité perdure, je souhaite rappeler l’importance d’adhérer et de rejoindre le syndicat.

Il faut que tous les épiciers hédonistes/traditionnels, pratiques ou ethniques  soient représentés et il est important que les commerces indépendants se retrouvent autour d’un projet commun emmené par l’Union des Commerces alimentaires de Proximité, le syndicat des commerces indépendants de proximité. »

 


 

Extrait de

La revue du détaillant : N°586 – Mai/Juin 2018

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