Automatisation des hypers le dimanche après-midi : ce qu’en pense les Épiciers de France

Échange avec Alexis ROUX DE BEZIEUX, Président de la Fédération des Épiciers de France.

Retour sur les tentatives d’automatisation dans les grandes surfaces afin de contourner la loi les contraignant à fermer le dimanche après-midi, la loi interdisant l’emploi de salariés après 13 heures.

Comment se positionne la Fédération des Épiciers de France face à cette nouvelle charge de la Grande Distribution sur l’ouverture dominicale ?

Alexis ROUX DE BEZIEUX : « Je comprends la difficulté des marges, du métier, le recul de la conso, etc. Chez épiciers de France on promeut un commerce indépendant et responsable avec toute la dimension d’emploi et de formation qui est liée et on est quelque part « l’anti-Amazon ». On promeut un modèle dans lequel les gens sont formés aux produits, accompagnent les clients et ont un vrai lien avec eux. On trouve dommage qu’on soit dans une phase dans laquelle on réduit la masse salariale à sa portion congrue. »

 

Toutes les enseignes disent être en phase de test. Est-ce que le test va devenir la norme dans tous les hypers de France ?

ARB : « A un moment donné, dans nos métiers, la marge que tu fais sur les produits n’est pas très élevée puisqu’on parle, en fonction du produit vendu, de 22 à 47% de marge brute – entre le prix d’achat et le prix de vente. Plus tu vends des produits de consommation courante, plus ta marge est faible. Et derrière il y a la masse salariale qui représente environ 10 % de ton chiffre d’affaire. S’ils se rendent compte que ça marche et que le client est prêt à ça, ils auront tendance à développer ce système pour avoir une meilleure rentabilité avec moins de masse de salariale.

Cependant, derrière ces nouvelles dispositions, il faut se poser la question : quel modèle de société veut-on ? Un modèle dans lequel il n’y a plus de salariat ? Je vous invite à lire série de reportages écrite par Florence AUBENAS dans Le Monde sur la Grande Distribution et les hypermarchés, notamment le rôle de la caissière. C’est édifiant ! Ce sont des métiers certes peu qualifiés mais qui ont le mérite d’offrir à tout un tas de gens du boulot. A vouloir tout automatiser, comment solutionner le problème de l’emploi dans les territoires ? »

 

Ce nouveau dispositif aurait donc un impact non négligeable sur l’emploi. Et sur le lien social ?

ARB : « Le lien social est détruit bien évidemment ! On va sur un modèle de société complètement déshumanisé. La Grande Distribution a déjà mis en place la distribution, ce qui fait que les français poussent leur caddie de manière anonyme dans les allées des supermarchés. On voit pourtant que les consommateurs redemandent des rayons traditionnels car ils sont réceptifs aux conseils du professionnel. Par exemple, le boucher derrière son étal qui donne le petit « plus » pour cuire tel morceau de viande, ça leur plait ! Le fromager qui raconte la belle histoire du fromage du coin, ça les enrichit ! L’épicier qui les reconnait et leur demande des nouvelles des enfants, ça leur fait plaisir !

Et quand il n’y a pas ce type de rayons avec des vraies personnes, le seul lien reste la caissière. Si on enlève la caissière ou ce type de salariés, il est où le lien social ? L’individu est seul, il ne parle plus à personne. Alors oui ! c’est plus efficace, ça parait plus moderne. Certains ne souhaitent pas forcément avoir du contact, mais ce n’est pas la majorité. Cela a donc un impact sur l’emploi, et un impact sur les lieux de rencontre. Ce dispositif d’automatisation dominicale c’est « l’anti-gilet jaune » par excellence. Car quand les gilets jaunes ont commencé à se réunir en masse sur les ronds-points, c’était pour se retrouver ensemble avec les amis, les collègues.  C’est le principe d’ailleurs d’un syndicat : d’être ensemble. Et chez les Épiciers de France, on est indépendant mais on est ensemble. »

Propos recueillis le 16 septembre 2019

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